Tuesday, December 20, 2016

Devoir Final - Essai, Les Entretiens de Confucius

Samarcande
NASSER
L1 LLCE Trilangue
Essai, Les Entretiens de Confucius, Chapitre II

        « Le confucianisme (…) vise à assurer un ordre politique reposant sur un ordre moral et il tend à l’harmonie politique en cherchant à établir l’harmonie morale au sein de l’homme lui-même ». L’aspect politique de la pensée confucéenne, dont nous parle ici Lin Yutang, est le point sur lequel se focalise l’extrait étudié. Ce dernier est tiré de l’un des plus grands classiques chinois, vieux de plusieurs siècles : Les Entretiens de Confucius. La conception de cet ouvrage n’a pas été effectuée par le penseur lui-même ; les textes ont été rapportés, a posteriori, par des disciples du philosophe, des historiens… Depuis leur rédaction jusqu’à aujourd’hui encore, ces textes demeurent le support de la pensée confucéenne, le vecteur par lequel cette doctrine morale s’est diffusée et s’est maintenue au cours des siècles au sein d’une civilisation en constante évolution. L’étude de cet extrait nous permet ainsi de comprendre les fondements de cet enseignement et, surtout, dans quelles mesures ce courant de pensée a influencé l’organisation du système impérial.

Confucius (551 av J.C à 479 av J.C), ou Kong Qiu de son vrai nom, était un philosophe de la dynastie des Zhou (1046 av J.C à 256 av J.C). Sa pensée émerge dans l’urgence de trouver une solution au contexte chaotique de la période des printemps et des automnes, suivie de celle des Royaumes combattants. Ainsi, le confucianisme se présente, dès son avènement, comme une conduite de vie, un ensemble de règle qui, ici, s’applique à une classe dirigeante, la plus à même de redresser la nation et de mettre fin aux guerres intestines. Pour éviter ces conflits, il serait nécessaire de se tourner vers le passé, afin de trouver la Voie, le  « dao  » ; chemin menant à l’harmonie du corps et de l’esprit et par la même de la société. Cette pensée se fonde principalement sur des notions de moralité, d’ordre, d’érudition et de tradition. L’équilibre ne peut s’installer que par le renouement avec les pratiques antiques, valorisant la hiérarchisation des classes sociales qui établit un rôle défini pour chaque individu dans la société et appliquant les cérémonies rituelles censées structurer et unifier les familles et le peuple, tel cité dans le passage « fait régner l’union en réglant les usages ». Ce courant de pensée fut premièrement rejeté par son caractère novateur et ce n’est qu’à partir de la dynastie des Han (206 av J.C à 220 ap J.C) que le confucianisme devient une véritable « religion d’état » ; chaque centre administratif possédait alors un temple, les fonctionnaires étaient chargés de diriger les cérémonies rituelles et d’étudier les textes classiques.

Le philosophe faisait en sorte de mettre son savoir au service des seigneurs. En effet, le public principalement visé dans ce discours se compose d’empereur, de prince, de seigneur ou de tout personnage ayant la responsabilité de diriger autrui. On retrouve effectivement dans les paroles du maître les termes de « prince » et de « celui qui gouverne ». Dans la première citation on considère le dirigeant tel le centre gravitationnel du système impérial. La notion d’« étoile polaire (...) immobile » le présente tel un guide, donnant la direction morale et politique à suivre ; ses actions et ses décisions déterminant le sort de la nation. L’empereur par des « intentions droites » est capable d’exercer le pouvoir, suivant les « bons exemples » qui seront ceux tirés de l’enseignement de Confucius.
Confucius souligne l’importance de ce rôle en démontrant que le comportement du dirigeant en lui-même influe sur celui du peuple. Lin Yutang le cite justement, « Quand un homme aura appris à régler sa conduite et son caractère, il saura gouverner les hommes ». Il s’agit là de l’application du système personnel à l’extérieur. On prend exemple sur soi, sur ses propres relations avec ses proches et l’on crée des relations semblables avec autrui.

Lorsque l’État privilégia l’éducation pour mieux gouverner, ces textes devinrent les fondements de l’organisation impériale. On établit le recrutement des hauts fonctionnaires d’après des examens impériaux, fondés en grande partie sur l’étude des classiques confucéens. Ainsi l’idéologie était profondément respectée car, par ce système, ceux qui accédaient au pouvoir ou à de hautes responsabilités, étaient des plus qualifiés et des plus instruits. Le système jusqu’alors féodal, devint semi féodal par la centralisation de l’état. Le pays pouvait être dirigé par une « méritocratie », où non pas le rang, mais l’intellect, déterminait l’élite, malgré la place toujours importante des grandes familles au sein de l’empire.
En outre, le confucianisme fut souvent utilisé à des fins diplomatiques. On a effectivement de multiples exemples de dynasties considérées comme « barbares » qui, maintenant le système administratif chinois, ont cherché à s’assurer le soutien des lettrés et leur légitimité auprès du peuple en soutenant les travaux littéraires, les examens… De fait, le pouvoir était pris par la force tout en étant promu par les valeurs intellectuelles de l’État et de l’Administration. Car en effet, seules la stabilité et l’organisation du système étatique pouvaient assurer le control d’un territoire aussi vaste.

Bien que le XXe siècle ait remis en cause les principes confucéens par sa politique communiste : rejet des classes sociales, non respect des rites antiques… Depuis une vingtaine d’année s’opère un phénomène de « re-confucianisme ». On enseigne de nouveau les textes classiques à l’école, la population se tourne vers ses anciennes coutumes… Aux vues de tous ces évènements, on peut envisager le confucianisme comme la solution que trouve toujours le peuple chinois lors des moments de crise et, même si les aspects politiques ne sont plus forcément appliqués, on retrouve toujours l’essence du confucianisme dans l’esprit de ce peuple.


Bibliographie :

Esthétiques du quotidien en Chine, (dir.) Danielle ELISSEEFF, 2016
Le Monde chinois 1. De l’âge de bronze au Moyen Âge, Jacques GERNET, 2005
La sagesse de Confucius, LIN Yutang, 2008

Chine, peuples et civilisation, (dir.) Pierre GENTELLE, 2004

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